« Les armes nucléaires ne disparaîtront pas d’elles-mêmes : la Belgique doit elle aussi faire un choix »
Article d’opinion de Naomi Zoka (Pax Christi Vlaanderen / Coalition belge contre les armes nucléaires) pour MO*
Les tabous tombent : ce qui était autrefois considéré inacceptable parce que jugé immoral redevient aujourd’hui un sujet de discussion. Le cadre moral évolue. C’est également le cas en ce qui concerne les armes nucléaires, comme écrit Naomi Zoka de Pax Christi Vlaanderen.
Au moment où les diplomates se réunissent à New York pour la conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), un nouveau rapport de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), auquel j’ai eu le privilège de contribuer, vient de paraître. Ce timing n’est pas un hasard. Le rapport met en lumière une vérité dérangeante : après plus de cinquante ans de promesses, le désarmement nucléaire n’est pas plus proche, bien au contraire.
Une promesse non tenue
Le TNP, signé en 1968, repose sur un principe simple mais ambitieux. Les pays non dotés d’armes nucléaires s’engagent à ne pas en acquérir. En échange, les États dotés d’armes nucléaires s’engagent à démanteler complètement leurs arsenaux. Il ne s’agit pas d’une ambition symbolique, mais d’une obligation juridiquement contraignante. Pourtant, nous devons constater aujourd’hui que ce « grand compromis » n’est pas respecté.
À l’échelle mondiale, neuf pays disposent encore d’environ 12 000 ogives nucléaires. Ils investissent des centaines de milliards dans la modernisation et l’extension de leurs arsenaux. Et tandis que les gouvernements continuent de clamer dans les forums internationaux leur « engagement inébranlable » en faveur du désarmement, c’est le contraire qui se produit dans la pratique. Notre rapport appelle cela la « performing compliance » (« respect de façade ») : faire semblant de progresser, sans mettre en œuvre l’essence même de l’engagement.
Quiconque écoute les déclarations lors des conférences diplomatiques entend toujours les mêmes mots : « pas à pas », « réaliste », « contexte de sécurité ». Cela semble raisonnable, mais le résultat est inexistant. Depuis des décennies, la « situation internationale en matière de sécurité » est invoquée comme raison pour ne pas désarmer. Pourtant, cette situation était tout sauf stable en 1968. La crise de Cuba était encore fraîche dans les mémoires, la Guerre froide battait son plein. À l’époque, c’est précisément cette menace qui a poussé les pays à agir. Mais aujourd’hui, cette même menace est utilisée pour repousser toute action.
L’heure est venue de faire un choix politique
Plus près de chez nous aussi, le débat évolue. Les dirigeant·es européen·nes parlent de plus en plus souvent ouvertement de la dissuasion nucléaire comme d’un mal nécessaire, voire d’un instrument souhaitable. La Belgique, qui n’est pas elle-même une puissance nucléaire (mais qui héberge des armes nucléaires états-uniennes sur son territoire), se trouve dans une position délicate. Il est difficile de soutenir que, d’une part, nous plaidons pour la non-prolifération et que, d’autre part, nous continuons à investir dans une stratégie qui légitime les armes nucléaires.
Ce que le rapport met en évidence, c’est qu’il ne s’agit pas d’un problème technique, mais d’un choix politique. Au cours des dernières décennies, les États ont mis en place un vaste réseau d’initiatives, de dialogues et de mécanismes de rapport. Bien que précieux en soi, ceux-ci remplacent de plus en plus souvent la seule chose qui compte vraiment : un désarmement effectif, vérifiable et irréversible.
À ce jour, la Belgique n’a pas signé le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.
Il existe pourtant une alternative qui n’est plus hypothétique. En 2017, 122 pays ont adopté le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN / TPNW). Ce traité interdit explicitement les armes nucléaires et offre un cadre concret pour leur élimination. Pour la première fois, les États sont tenus de se positionner clairement : soutenez-vous l’élimination des armes nucléaires, ou non ?
À ce jour, la Belgique n’a pas signé ce traité. Les arguments sont connus : sécurité, alliances, réalisme. Mais ces mêmes arguments sont utilisés depuis plus d’un demi-siècle, sans qu’ils n’aient abouti à la suppression d’une seule arme nucléaire.
La question n’est donc pas de savoir si les conditions sont idéales. La question est de savoir quand elles le deviendront. Comme l’ont déjà compris les négociateurs du TNP : attendre une situation de sécurité parfaite, c’est attendre indéfiniment.
La réunion à New York offre l’occasion de recentrer ce débat. Le rapport que nous y présenterons nous tendra un miroir. Non pas pour devenir cyniques, mais pour être honnêtes sur notre situation actuelle.
La Belgique n’est pas seule dans cette démarche. Une majorité de pays dans le monde a déjà choisi la voie de l’élimination. La question est de savoir si nous allons nous accrocher à un statu quo qui ne fonctionne pas, ou si nous allons enfin franchir le pas vers une politique qui prend au sérieux la promesse initiale du TNP.
Les armes nucléaires ne disparaîtront pas d’elles-mêmes. Elles ne disparaîtront que si les États décident qu’elles doivent disparaître.
Et c’est, pour la Belgique aussi, un choix.
Naomi Zoka est experte en sécurité et désarmement chez Pax Christi Vlaanderen
ICAN – The Cornerstone Report (avril 2026)
As states gather for the 2026 NPT Review Conference, there is little expectation that much will be achieved. Two consecutive review conferences have ended without agreement. The nuclear arsenals that the treaty was designed to eliminate are being expanded. And the states most loudly defending the NPT’s importance are, in many cases, the same ones failing to honour its central obligation. ICAN’s new Cornerstone Report documents exactly how this happened, and what can still be done to implement the NPT’s promise on non-proliferation and disarmament.








