Le Traité New START arrive à expiration ! La Belgique doit prendre des initiatives en faveur du désarmement nucléaire
Communiqué de presse de la Coalition belge contre les armes nucléaires (28 janvier 2026)
La Coalition belge contre les armes nucléaires appelle notre gouvernement et nos parlementaires à faire du désarmement nucléaire une priorité. Ce 5 février 2026, le Traité New START, dernier accord bilatéral entre les États-Unis et la Russie imposant des restrictions sur les armes nucléaires stratégiques, arrive à expiration. Une nouvelle et dangereuse course aux armements nucléaires menace. Dans une note politique (voir ci-après), la Coalition attire l’attention sur les conséquences de l’expiration du New START et formule une série de recommandations sur ce que notre pays peut faire pour contribuer à écarter la menace nucléaire.
Hier, les scientifiques du Bulletin of the Atomic Scientists à l’origine de la « Doomsday Clock » (Horloge de l’Apocalypse) ont averti que le monde n’avait jamais été aussi mal en point. Iels ont réglé les aiguilles de leur horloge symbolique sur 85 secondes avant minuit (minuit étant l’heure symbolique de la fin de l’humanité). Jamais auparavant nous n’avions été aussi proches d’une catastrophe mondiale dévastatrice. Les scientifiques sont très inquiet·es face à la menace nucléaire croissante. Iels soulignent que la rivalité entre les grandes puissances s’est transformée en une véritable course aux armements. Le 5 février, le Traité New START, dernier accord encore en vigueur entre la Russie et les États-Unis en matière de contrôle des armes nucléaires, arrivera à expiration. De plus, tous les investissements colossaux que tous les États dotés d’armes nucléaires consacrent à leurs arsenaux ont atteint plus de 100 milliards de dollars en 2024, et risquent de continuer d’augmenter avec l’expiration Traité. La fin du New START mettrait fin à « près de 60 ans d’efforts visant à limiter la concurrence nucléaire entre les deux plus grandes puissances nucléaires du monde », selon les scientifiques.
La Coalition belge contre les armes nucléaires appelle les responsables politiques à inscrire le désarmement nucléaire en tête de leurs priorités. La Coalition soutient l’appel des scientifiques à faire reculer les aiguilles de l’horloge de l’apocalypse, notamment en relançant le dialogue sur le désarmement nucléaire et en concluant de nouveaux accords. Cela revêt également une importance vitale pour les citoyen·nes européen·nes.
Sept pays européens abritent en effet des armes nucléaires étrangères. Une centaine de bombes nucléaires B61 états-uniennes sont actuellement déployées dans six pays membres de l’OTAN (Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Turquie) dans le cadre du partage des tâches nucléaires de l’OTAN. Ces bombes sont conçues pour être utilisées en Europe. Elles transforment les pays hôtes en rampes de lancement et en cibles. La Russie a également déployé des dizaines d’armes nucléaires tactiques en Biélorussie, notamment des missiles dont la portée permet d’atteindre les capitales européennes en quelques minutes. En d’autres termes, deux puissances nucléaires étrangères dirigées par des dirigeants autoritaires ont déployé leurs armes nucléaires sur le territoire européen, et utilisent le continent comme un échiquier nucléaire.
Dans une note politique (voir ci-après), la Coalition formule une série de recommandations à l’intention de notre ministre des Affaires étrangères ainsi qu’aux membres de la commission parlementaire concernée. Bien que la Belgique n’ait pas de pouvoir de négociation direct sur le New START, elle peut exercer une influence politique pour encourager les efforts de désarmement au sein de l’UE, de l’OTAN et de l’ONU, d’autant plus que des armes nucléaires états-uniennes sont déployées sur son territoire (à la base militaire de Kleine Brogel, dans la Limbourg). Notre pays doit veiller à ce que les accords existants sur la limitation des armes nucléaires stratégiques soient maintenus, respectés et renforcés. De nouveaux accords sont également nécessaires pour d’autres systèmes d’armes, tels que les missiles à courte et moyenne portée, et pour l’élimination de toutes les armes nucléaires étrangères dans les pays européens.
La Coalition belge contre les armes nucléaires appelle les responsables politiques à continuer de viser le désarmement nucléaire complet, comme convenu dans le Traité de non-prolifération (TNP), dont la Belgique est partie. Notre pays peut montrer l’exemple en introduisant une interdiction légale des armes nucléaires, et en adhérant au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN/TPNW) des Nations Unies.
Note politique : Expiration du Traité New START : vers une nouvelle course aux armements nucléaires ?
New START arrive à expiration. Que faire ?
Le 5 février 2026, le Traité New START (Strategic Arms Reduction Treaty), qui impose des restrictions aux arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie, arrivera à expiration. À moins que les deux superpuissances ne conviennent de respecter les limites fixées dans le Traité New START, une nouvelle course aux armements nucléaires dangereuse et très coûteuse menace de voir le jour. Compte tenu des tensions géopolitiques croissantes, cette perspective est préoccupante.
Quelles restrictions ?
Le Traité New START limite le nombre maximal d’ogives nucléaires opérationnelles à 1 550 pour chacune des deux parties signataires. Il limite aussi le nombre de missiles et de bombardiers pouvant transporter des ogives nucléaires à 700 par partie, et le nombre total de vecteurs stratégiques à 800. Les vecteurs stratégiques comprennent les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), les missiles balistiques lancés à partir de sous-marins (SLBM) et les bombardiers lourds.
Système de vérification
Afin de contrôler les limitations convenues, un système de vérification a été mis en place dans le cadre du New START. Les responsables de l’inspection pouvaient vérifier les accords sur place et, deux fois par an, des inventaires détaillés des arsenaux et des déplacements des systèmes d’armes étaient communiqués.
Prolongation du New START en 2021
Le Traité New START est entré en vigueur le 5 février 2011, pour une durée de 10 ans. À la fin de son premier mandat, le président Trump a retardé l’éventualité d’une prolongation du Traité, car il souhaitait impliquer la Chine dans un nouveau traité de désarmement plus large. La Chine a rejeté cette proposition en raison de la taille beaucoup plus réduite de son arsenal nucléaire. Le Traité New START risquait donc toujours d’expirer début février 2021. Après l’échec des négociations entre la Russie et les États-Unis, le Traité a été prolongé de cinq ans à la dernière minute, peu après l’entrée en fonction du président Biden. L’article 14 du Traité autorise en effet une telle prolongation à titre exceptionnel. Les dispositions actuelles du Traité New START sont encore valables jusqu’au 5 février 2026.
Suspension du mécanisme de contrôle
Un an après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, Moscou a officiellement annoncé la suspension de la participation russe au Traité New START. Le président Poutine a déclaré que la Russie n’autoriserait pas les États-Unis et l’OTAN à inspecter ses installations nucléaires tant que Washington continuerait à soutenir l’Ukraine. En outre, la Russie a exigé que les puissances nucléaires que sont la France et le Royaume-Uni soient associés aux nouvelles négociations sur le contrôle des armements. Moscou a toutefois déclaré qu’ils continueraient à respecter les limitations d’armement convenues dans le cadre du Traité New START. Le Département d’État des États-Unis a confirmé que la Russie respectait dans une large mesure ces limitations.
Maintenir les limites après l’expiration du Traité New START ?
Le 22 septembre 2025, le président Poutine a proposé de prolonger d’un an les accords sur les limitations prévus dans le Traité New START. Le président Trump semblait initialement favorable à cette idée. La proposition de Poutine a même été intégrée dans le plan de paix initial en 28 points sur l’Ukraine. Mais au début de cette année, Trump a déclaré à propos du Traité New START : « S’il expire, il expire. Nous conclurons simplement un meilleur accord. » Pour l’instant, aucune initiative publique n’a été annoncée concernant la limitation des armes nucléaires stratégiques.
Pourquoi le contrôle et le désarmement nucléaires sont-ils importants ?
- Les États-Unis et la Russie détiennent à eux deux 87 % de toutes les armes nucléaires dans le monde. Cela suffit pour détruire plusieurs fois la planète entière. Sans le New START, les dernières restrictions bilatérales entre ces deux plus grandes puissances nucléaires disparaîtront.
- En 2024, la Russie a investi 8,1 milliards de dollars dans les armes nucléaires, contre 56,8 milliards pour les États-Unis. Selon une étude de l’Union of Concerned Scientists, les deux superpuissances pourraient étendre leurs arsenaux à court terme et se lancer ainsi dans une course aux armements.
- Selon la Chine, un traité trilatéral n’a de sens que si les États-Unis et la Russie réduisent leurs arsenaux au niveau de celui de la Chine (estimé aujourd’hui à 600 armes nucléaires au total). Si, au contraire, les États-Unis et la Russie augmentent à nouveau leurs arsenaux stratégiques après New START, cela pourrait également inciter la Chine et d’autres puissances nucléaires à continuer d’étendre leurs arsenaux.
- Une nouvelle course aux armements nucléaires pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour l’humanité et la planète. La situation géopolitique est extrêmement fragile. Les dirigeants américains et russes ne sont guère fiables lorsqu’il s’agit de menacer d’utiliser ou d’utiliser des armes nucléaires.
Recommandations
Il est essentiel d’éviter une nouvelle course aux armements nucléaires. La Belgique n’a pas de pouvoir de négociation direct sur le Traité New START. Elle fait toutefois partie des pays européens qui hébergent des armes nucléaires des États-Unis sur leur territoire (à la base militaire de Kleine Brogel, dans le Limbourg). Dans ce cadre, la Belgique peut exercer une influence politique et utiliser les partenariats et les plateformes de l’UE/OTAN dans le cadre des Nations Unies pour encourager les efforts de désarmement.
1. La Belgique doit se prononcer sans ambiguïté en faveur d’une prolongation temporaire des restrictions en matière d’armes nucléaires prévues dans le Traité New START, dans l’attente des négociations sur un nouveau traité.
2. La Belgique peut proposer un mécanisme de consultation entre les États-Unis et la Russie en vue de maintenir les accords New START, de négocier un nouveau traité et d’améliorer la confiance mutuelle.
3. La Belgique doit souligner que, pour instaurer une confiance mutuelle, il est nécessaire de rétablir les mécanismes de vérification, tant dans le cadre d’une prolongation temporaire que de la conclusion d’un nouvel accord.
4. La Belgique peut prendre des initiatives au sein des Nations Unies en vue de nouveaux accords multilatéraux de désarmement nucléaire incluant la Chine, la France et le Royaume-Uni, en application de l’article 6 du Traité de non-prolifération (TNP) dont ces puissances nucléaires sont parties.
Il est également nécessaire que la Belgique amorce une nouvelle dynamique en vue d’élaborer un nouveau traité sur les armes nucléaires à courte et moyenne portée, dans le prolongement du Traité FNI (Forces nucléaires à portée intermédiaire) qui a expiré en 2019.
Il convient également d’examiner comment inciter les puissances nucléaires qui ne sont pas parties au TNP (l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord) à ne pas continuer d’étendre leurs arsenaux nucléaires et, à terme, à les réduire.
5. La question des arsenaux nucléaires stratégiques doit s’accompagner d’accords sur les systèmes de défense antimissile, en particulier ceux qui peuvent intercepter les missiles balistiques stratégiques. Ni la Russie ni la Chine n’accepteront que de tels systèmes perturbent l’équilibre stratégique.
6. Les membres du gouvernement et du parlement belges doivent à nouveau faire du désarmement nucléaire une priorité et maintenir ce thème à l’ordre du jour en :
- respectant les engagements pris par la Belgique en tant que signataire au Traité TNP
- ne participant plus au partage des tâches nucléaires dans le cadre de l’OTAN, et en introduisant une interdiction légale des armes nucléaires
- adhérant au Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN/TPNW)
