Le refus français de faire progresser le désarmement nucléaire va à l’encontre de nos valeurs humanistes

L’ouverture ce lundi 27 mars à l’ONU d’une négociation pour interdire les armes nucléaires est un événement historique que le prochain chef d’État devra prendre en compte.

Depuis plus de vingt ans, la dynamique du désarmement nucléaire est en échec. L’ouverture ce lundi 27 mars à l’ONU d’une négociation pour interdire les armes nucléaires est un événement historique que le prochain chef d’État sera obligé de prendre en compte.

En décembre 2016, après une année de travaux à l’ONU entre diplomates, avec l’expertise des ONG, une résolution (L41) nous ouvre la voie à un monde plus sûr. Votée à une large majorité, elle autorise la tenue d’une conférence des Nations unies “ayant pour objectif la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète”. La communauté internationale a donc rendez-vous ce 27 mars avec l’histoire, premier jour d’ouverture d’une semaine de négociations, qui se poursuivront en juin et juillet.

“Historique” le mot n’est pas usurpé, car la volonté d’interdire cette catégorie d’arme de destruction massive se fait attendre depuis plus de 70 ans! En effet, à la différence des armes biologiques et des armes chimiques, la bombe atomique ne fait pas encore l’objet d’un traité interdisant sa mise au point, sa production, son acquisition, son financement, son stockage, son transfert. Ce traité renforcera la norme de non-prolifération nucléaire et créera un cadre légal pour le désarmement nucléaire prévu par le TNP (Traité de non-prolifération). De même, le droit à la possession et à la menace d’usage —donc d’avoir une doctrine de dissuasion nucléaire— sera enfin considéré comme illégal. En outre, l’argument de la détention de l’arme atomique ne permettrait plus de légitimer une quelconque stature internationale.

Une large majorité d’États va être présente, y compris des membres de l’Otan (Pays-Bas, Hongrie). Mais la chaise de la France va rester vide —comme celle des États-Unis, de la Russie, de la Chine et du Royaume-Uni! Nous déplorons fortement cette attitude politique, qui n’est tout simplement pas digne d’un État membre permanent du Conseil de Sécurité. Le refus français de faire progresser le désarmement —au cœur du processus onusien— démontre que notre pays, à l’encontre des valeurs humanistes qu’il aime tant vanter, s’oppose à la construction d’un monde plus sûr, pourtant plébiscitée par la communauté internationale. Devons-nous y voir un syndrome de schizophrénie collectif?

La diplomatie française a tout fait ces dernières années pour essayer de torpiller ce processus. Traitant de “distraction” les États qui se réunissaient pour discuter des conséquences humanitaires catastrophiques en cas de détonation d’arme nucléaire ou encore en envoyant des éléments de langage à certains États francophones, histoire de les inciter à faire le “bon choix” lors des votes à l’ONU…

Les armes nucléaires posent un problème majeur de sécurité globale, qu’il faut résoudre. La maison brûle avait dit le président Chirac à Johannesburg, pour faire prendre conscience des menaces du changement climatique. Mais en réalité, cette maison pourrait bien aussi brûler à cause d’une détonation nucléaire, provoquée par une guerre, un accident ou une perte de contrôle des systèmes dus à une cyberattaque.

Alors que nous sommes en pleine campagne présidentielle, tous les candidats sont restés muets sur l’illégalité des armes nucléaires qui sera effective au cours de ce prochain quinquennat. Ils sont restés muets également sur l’envoi ou non d’une délégation diplomatique à la seconde session qui débutera le 15 juin.

Comment, aux yeux du reste du monde, le prochain locataire de l’Élysée fera-t-il pour mettre en œuvre la modernisation de la dissuasion et balayer d’un revers de la main une communauté internationale qui aura entrepris de régler un problème de sécurité globale? Car c’est en assurant la sécurité de l’autre que nous assurons notre propre sécurité et non en faisant peser sur lui la menace de sa destruction. Il est temps que la France se place du bon côté de l’histoire.

Cette tribune est également signée par Jean-François Julliard, DG de Greenpeace France.

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